Depuis l’acquisition des terres en 1699 et la mort du dernier habitant de la maison en 1955, le terrain de la Maison Hurtubise a vu passer huit générations. Seulement une d’elle n’a pas pu voir le terrain, la « génération zéro ». Cette génération a marqué le début de l’histoire des Hurtubise au Québec. De plus, la maison elle-même a été habitée par sept d’entre elles. Au fil des ans, les occupants ont progressivement adapté leur style vestimentaire à leur mode de vie. Le temps passe et la mode évolue : elle change en accord avec les activités et le quotidien des Hurtubise. C’est ce que nous allons découvrir dans cet article : à chaque étape de leur évolution, leur style s’est transformé pour s’adapter parfaitement à leurs besoins. Enfin, nous verrons également les vêtements qu’ils pouvaient porter en hiver comme en été.
La « génération zéro » : le style des pionniers
La toute première génération des Hurtubise s’étend de 1653 à 1672. Marin Hurtubise est le premier à avoir mis ses pieds sur la terre de Ville-Marie, en 1653. On l’appelle la « génération zéro », car elle a existé avant même l’acquisition du terrain. Ces Hurtubise étaient des pionniers venus de France. Ils avaient un style vestimentaire bien précis. À cette époque, les vêtements étaient faits à 100 % de matières naturelles comme la fourrure d’animal, le lin, la laine et le coton. Bien entendu, les vêtements lourds et chauds étaient portés durant les périodes de grand froid. Ces habits unisexes se mettent par-dessus les vêtements habituels. Il s’agissait de sortes de manteaux souvent faits de fourrure, ou encore de capes à capuche confectionnées dans une laine très épaisse et lourde même avec les années. Les manteaux ont rarement changé de modèle.

Ils possédaient aussi des tenues communes pour le reste de l’année, portées lors des saisons plus chaudes ou tout simplement à l’intérieur de la maison. La tenue des hommes se composait de plusieurs éléments : tout d’abord les mitasses, un type de jambières qui protégeait les jambes des coupures ou du froid durant l’hiver, et la braguette, une ceinture ajustée à la taille pour maintenir le pantalon et y rentrer la chemise en lin. Le pantalon était lui aussi fait de lin ou de laine, qui sont des matériaux très durables qui leur permettait de conserver leurs vêtements de nombreuses années. Bien sûr, ils sont officiellement restés pionniers jusqu’à que les terres soient complètement défrichées et qu’ils commencent leur travail d’ agriculteur.
Pour les femmes, les vêtements étaient tous très semblables. Elles portaient obligatoirement un casaquin, qui est en fait une veste ajustée venant se placer par-dessus la jupe pour affiner la taille, et qui s’arrête un peu en dessous des hanches. En guise d’accessoire, elles mettaient souvent un tablier par-dessus leur jupe. À cette époque, les femmes travaillaient rarement la terre : elles restaient le plus souvent à la maison pour s’occuper des enfants, cuisiner ou récolter les légumes du potager.
L’ère agricole : des vêtements fonctionnels au fil des saisons
Les Hurtubise ont reçu leur terre pour pouvoir y pratiquer l’agriculture. Cette activité, qui a commencé dans la première partie du 18’ siècle sur les terres dites ‘’Les Hautes-Folies’’, s’est transmise à travers sept générations. Tout au long de cette période, leur style vestimentaire n’a pas vraiment varié : leurs vêtements restaient très semblables. Devenus propriétaires de leur terre, ils travaillaient comme agriculteurs. Les hommes, qui devaient œuvrer dans les champs de produits secs et qui ont dû travailler dans les jardins après 1872 portaient des habits beaucoup moins formels, et il en allait de même pour les femmes, qui s’occupaient de la famille.

Les hommes de la famille Hurtubise avaient des pantalons et des chemises faits de laine et de coton. Les chemises en lin, quant à elles, sont restées à la mode jusqu’en 1860, époque à laquelle le lin a été progressivement remplacé par le coton. Pendant l’été, les agriculteurs portaient des accessoires indispensables à leur mode de vie. Ils mettaient ce que l’on appelle la « blouse de travail », une blouse bleue ou blanche, qui descendait jusqu’à mi-jambes et que les agriculteurs utilisaient pour protéger leurs vêtement de dessous.
Les femmes gardaient toujours leurs vêtements de base car, n’étant pas censées travailler dans les champs, elles conservaient leurs longues jupes, leur tablier et leur corset. Toutefois, leurs accessoires ont évolué avec les années, même si le plus durable est resté le fichu : un carré de tissu, semblable à un bandana, que l’on nouait autour du cou pour couvrir le décolleté. Il y avait aussi la coiffe, un bonnet que l’on attachait sous le menton afin de protéger les cheveux de la poussière et du soleil. En hiver, le manteau, quant à lui, restait sensiblement le même.

L’essor bourgeois : l’élégance des professions libérales

Finalement, le dernier grand tournant pour la famille survient lorsqu’elle délaisse l’agriculture pour s’orienter vers des professions libérales. Les Hurtubise deviennent notamment médecins ou comptables, acquérant ainsi une aisance financière et un statut social plus prestigieux. Les hommes de la famille, exerçant ces nouvelles professions, portent régulièrement le chapeau haut de forme et le costume trois pièces au quotidien. Nos archives conservent d’ailleurs un exemplaire de l’un de ces chapeaux, que vous pouvez venir admirer. Quant aux femmes, elles continuent de porter des jupes et des robes associées à des vestons et l’incontournable corset. Nous avons également la chance de conserver dans nos archives une robe du début du 20è siècle parfaitement préservée.
En conclusion , l’évolution vestimentaire de la famille Hurtubise témoigne des grands changements sociaux et économiques qu’a connus le Québec au fil des siècles. Des habits rustiques et robustes des premiers pionniers jusqu’aux tenues élégantes de la bourgeoisie urbaine, chaque vêtement raconte leur quotidien. Aujourd’hui, les pièces précieusement conservées dans nos archives nous permettent de remonter le temps et d’admirer de plus près cet héritage unique.
Malaika Duguay Sissoko
Références
- https://www.maisonsaintgabriel.ca/wp-content/uploads/2019/05/Capsule-historique-Le-costume-de-lutile-%C3%A0-lagr%C3%A9able.pdf
- https://thecanadianencyclopedia.ca/en/article/clothing-during-the-colonial-period
- https://www.youtube.com/watch?v=7Kv7nWrmhAU&t=6
- Documents d’archives de L’Héritage canadien du Québec
- Étude patrimoniale de la maison des Hurtubise, par Alan M.stewart et Leon Robichaud